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Venise, sous les ors du Louvre et de Versailles – présentation.

Le Concert du 16 septembre qui a été donné à Venise par l’ensemble Correspondances dirigé par Sébastien Daucé,  a mis en lumière les influences réciproques entre Venise et la Cour de Louis XIV.

La puissance d’inspiration de Venise sur les artistes français est inouïe : à toutes les époques depuis l’âge d’or de la Cité des Doges au Cinquecento et jusqu’au XXe siècle, la fascination de cette ville nourrit les fantasmes.
A chaque siècle son esthétique, ses codes et ses comportements : du Grand Siècle à celui des Lumières, Italiens et Français ont toujours alternés entre émulation, collaborations et rivalités.
A peine sorti de la guerre civile qui a miné le royaume pendant les jeunes années du roi Louis XIV, son premier ministre Mazarin fait fi des caisses vides de l’État en faisant venir à grand frais le grand compositeur vénitien Francesco Cavalli. Sa renommée et sa carrière de compositeur d’opéra font de lui l’une des plus grandes personnalités musicale de l’Europe d’alors. Conscient avant Louis XIV de la puissance de l’art, Mazarin commande spécifiquement à ce grand génie des opéras pour le public parisien. Ce sont donc les sonorités vénitiennes, jouées à la mode française, qu’on entend résonner au milieu du grand siècle dans la grande salle de spectacle du
Louvre : le Petit-Bourbon. Cette venue des grands artistes vénitiens génère son lot de curieux et les musiciens français actifs à la cour de France s’empressent de venir à leur rencontre pour entrer dans les arcanes de leur art. On connaît de nombreux témoignages de ces échanges franco-italiens et l’on imagine aisément quelle a pu être l’émulation de ce temps dans le Paris
d’alors. Ces croisements esthétique donnent lieu à d’inoubliables soirées où le grand genre du temps, le ballet de cour, dansé par professionnels et courtisans, côtoie les airs d’opéras vénitiens, combinant le spectacle de cour et ses vertus sociales, à la dramaturgie si particulière des intrigues du théâtre vénitien.
La seconde partie du programme situe l’action près d’un siècle plus tard, au Château de Versailles où siège désormais la cour devenue sédentaire. Quand le XVIIe siècle acceptait (voire recherchait) les juxtapositions « baroques », les assemblages inattendus, le Siècle des Lumières cherche davantage à rationnaliser les choses : on oppose désormais le goût français (qu’on
définit par son raffinement et sa douceur) au goût italien (davantage expressif et probablement plus naturel, mais d’une violence parfois dérangeante). Tout les artistes du temps se positionnent sur les enjeux de cette querelle esthétique et, quand certains se rangent clairement du côté de l’un ou l’autre camp, certains comme Campra tentent au contraire de réconcilier ces
goûts.
On entend ainsi chez ce compositeur originaire du sud de la France des « cantates », directement inspirées du modèle italien, mais aussi des opéras ballets. Si le genre est bel et bien français, l’imaginaire et le style musicale font sans cesse référence à Venise : les Fêtes Vénitiennes, ou le Carnaval de Venise attestent de la puissance d’inspiration suscitée par cette ville et son carnaval
déjà mythiques, sur un compositeur… qui n’y a jamais mis les pieds ! Enfin, Jean-Philippe Rameau, génie musical des Lumières et farouche défenseur de la musique française devant les attaques répétées d’un Rousseau partisan des Italiens, proposera la plus brillante des synthèses entre les deux esthétiques : la sensualité et la richesse des harmonies françaises enlaçant une vocalité italienne et une virtuosité volontiers débridée.

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